Quelle était ta filière au lycée et quel type d’élève tu étais ? 

Au lycée, j’ai passé un Bac S et je l’ai eu avec mention très bien. J’ai toujours été une élève super sérieuse et studieuse. Je n’avais pas de difficultés particulières, si je travaillais, j’y arrivais. 


Qu’as-tu fait après le bac ?  

Alors je précise ici que j’ai fait 2 ans de PACES et que maintenant, je suis en L1 histoire, les cours n’ont pas commencé donc je ne peux pas encore en parler. Du coup, je vais décrire la PACES. 

Après le Bac, je me suis inscrite en PACES (Première Année d’Étude Commune de Santé). C’est un concours qui te donne accès aux études de médecine, pharmaceutique, maïeutique, dentiste, etc. 


Cette première année est séparée en 2 semestres. Le premier, on y apprend beaucoup de biologie moléculaire (comment les cellules sont composées, comment elles interagissent entre elles etc.), de la chimie organique, de la biochimie (tout ce qui va concerner l’ADN, l’ARN, leur formation etc.), des maths (statistiques) et de la physique (thermodynamique, magnétostatique, électrostatique, états de la matière, optique). Ce semestre-ci se base sur beaucoup de réflexion, et peu de par cœur. Il faut connaître beaucoup de méthodes, savoir les appliquer très rapidement, et bien, comprendre tout un tas de mécanismes et de concepts. 


Au deuxième semestre, c’est surtout du par cœur. Il y a toujours de la physique, mais elle est beaucoup plus accessible. Il y a aussi beaucoup d’anatomie. Il y a également du droit, et de l’histoire de la médecine. Au deuxième semestre, on doit également choisir une (ou plusieurs) option en fonction du concours qu’on veut passer. On a tout ce tronc commun, mais en plus on a une matière - par exemple l’éthique pour ceux qui veulent faire médecine spéciale vis-à-vis de l’orientation que l’on souhaite. Ce ne sont que des cours magistraux auxquels on n’est pas obligés d’assister. Le tutorat, ou les prépas (payantes et privées) te donnent en général des scripts des CM comme ça tu ne perds pas 2h à écouter un prof lire ses diapos. Régulièrement, le tuto ou les prépas te font participer à des concours blancs en se basant sur des annales. Comme au vrai concours, ce sont des QCM. 


Le concours est divisé en deux parties. La première est fin décembre et la deuxième début mai. Ce ne sont que des QCM (de 0 à 5 réponses vraies et bien sûr, on ne te dit pas combien il y en a de vrai). On a en général 3 minutes pour répondre à chaque question On a en général 3 minutes pour répondre à chaque question (oui 3 minutes pour faire tout un exercice de physique correctement, parce que si tu rates et que tu fais une erreur tu n’as pas le temps de la chercher et de recommencer, tu dois avancer).. En fonction des coefficients des matières et de tes notes, tu es classé. Le numerus clausus, c’est le nombre de personnes acceptées au concours. Par exemple dans ma fac, le numerus en médecine, c’étaient 160. Donc, sur les 1000 étudiants qui ont voulu passer le concours, si tu n’étais pas dans les 160 premiers au concours, tu ne pouvais pas faire médecine. 


Considères-tu que c'était une formation difficile ? Est-ce que tu avais du temps libre ?

Bien évidemment, c’est différent pour tout le monde, mais pour moi la PACES a été très dure. La quantité de travail était énorme, étouffante. On nous donnait souvent des astuces pour réussir à répondre aux questions le plus vite possible sans rien comprendre, tout simplement parce qu’on n’avait pas le temps de comprendre quoique ce soit. C’était toujours une compétition de qui va plus vite, qui a fait le moins de fautes. Pour moi, ça a été très déstabilisant, car je sortais du collège et du lycée ou en bossant, j’avais des bonnes notes, même dans un lycée exigeant, et là, je bossais de 8 h à 23 h et je me retrouvais aux concours blancs avec des 2/20 ou des 5/20. On dit souvent qu’il ne faut pas mettre sa valeur dans ses résultats scolaires, mais quand tu as toujours eu des bonnes notes, c’est facile de dire « oui, mais c’est le résultat de mon travail ». Du coup, ça m’a mis un très gros coup au moral et mentalement, c’était très dur de continuer. Je doutais toujours de moi et je me raccrochais à ce que tout le monde disait « la PACES, c’est 1 an, mais pour l’avoir, il en faut 2 », et aux statistiques « les étudiants avec un bac S et une mention très bien, on plus de chances de réussir ». 


Du coup, j’ai recommencé cette PACES et j’ai eu de bien meilleurs résultats, mais malheureusement, ça n’a pas suffi. La plupart de mes amies ont aussi fait PACES et je suis la seule à être allée jusqu’au bout des 2 ans. Je suis très chanceuse d’avoir la famille que j’ai et les amies que j’ai aujourd’hui, car sans eux, j’aurais sûrement abandonné. Je me laissais une soirée de repos par semaine et une fois par mois, j’allais manger avec des amies. Je n’avais pas du tout de temps pour me consacrer à n’importe quoi d’autre. Je regardais un demi-épisode de série le midi, et je le finissais le soir. Je suis très chanceuse d’avoir la famille que j’ai et les amies que j’ai aujourd’hui, car sans eux, j’aurais sûrement abandonné. 

Te sens-tu épanouie dans ce que tu fais ? Qu’est ce qui te plaît particulièrement dans cette formation ? 

Malheureusement, je n’ai pas pu poursuivre en médecine. Je n’étais pas épanouie dans cette formation. J’étais enfermée, dans ma bulle, (ma mère appelait ça ma « cellule de confinement » pour vous donner une idée.), je mangeais, dormais, respirais la PACES, c’était très toxique. Ce qui me plaisait, c’était de me dire qu’en deuxième année, je pourrais participer à des stages hospitaliers, être dans des associations, sortir, faire la fête. Mais cette première année, ce tri à grande échelle, ne m’a en rien permis de m’épanouir, bien au contraire. 


Quelles ont été tes influences pour choisir cette voie? 

Personne dans ma famille n’est médecin, ou infirmier. J’ai toujours aimé les sciences et aider les autres, devenir médecin ça m’est apparu comme une évidence. J’ai beaucoup parlé de cette PACES, mais je n’ai pas dit ce que j’ai fait après. Quand j’ai compris que je n’allais pas l’avoir, il a fallu que je me remette en question et que je trouve un plan B. L’histoire a toujours été ma matière préférée, j’ai toujours eu une certaine affinité avec. Je lisais des livres d’histoire quand j’étais petite et j’aimais regarder des documentaires, etc. Du coup, je me suis dit pourquoi ne pas tenter le coup. La différence, c’est que l’histoire, c’est la matière qui me plaisait, alors qu’en PACES, ce qui me plaisait c’était l’aboutissement. J’étais prête à ne pas m’épanouir et à « souffrir », jusqu’à arriver à un métier très précis. Là, je ne sais pas quels métiers m’attendent, mais je sais (ou en tout cas, je l’espère puisque ma rentrée est la semaine prochaine) que le parcours va me plaire. 

Avec le recul, est-ce que d’autres formations t’auraient plus ? Aurais-tu fait un autre choix ? 

Comme je n’ai pas encore commencé l’histoire, je ne vais pas vraiment en parler. Mais vis-à-vis de la PACES, je me suis beaucoup demandé si j’avais fait le bon choix. Je pense que oui, je ne regrette pas d’avoir essayé. Je préfère y avoir passé deux ans et avoir appris un tas de choses, plutôt que de me réveiller dans 40 ans avec des regrets en me demandant si quand même, je n’aurais pas dû tenter ma chance. 


As-tu une passion ? As-tu pensé à tenter de travailler dans ce domaine et si non, pourquoi ne tentes-tu pas ? 

Avant ma remise en question, j’étais tellement dans mon idée que plus tard, j’allais faire médecine que je n’avais pas vraiment réalisé que l’histoire était une véritable passion pour moi. Quand j’ai dû chercher ce plan B, ma mère m’a posé cette question « qu’est ce qui te passionne ? » « Qu’est-ce que tu aimes faire, qu’est-ce que tu aimes apprendre ? ». J’ai réfléchi et je me suis rendue compte que c’était ça ma passion. Je peux donc dire que j’ai la chance de me lancer dans des études dont le sujet principal est ma passion. Et éventuellement un jour, avoir un travail dans ce domaine. 

As-tu une idée de ce que tu veux faire plus tard ? 

Les métiers de l’histoire sont peu connus. Les gens me demandent souvent si je veux devenir prof. Je n’ai pas envie d’être enseignante, en tout cas pas pour le moment, mais je me laisse la possibilité de changer d’avis, après tout, la vie est pleine de rebondissements. Pour le moment ce qui m’attire, c’est l’archéologie, et le travail que l’on peut faire dans les musées. Je compte aller jusqu’au doctorat, donc d’ici là, j’ai le temps de choisir et de découvrir les métiers qui m’attendent. 


Qu’est ce que tu conseillerais aux jeunes qui sont perdus dans leur choix d’orientation ? 

Ce qui compte, c’est d’être heureux. Cette passion que vous avez, essayez de la transformer en métier. Ce n’est pas parce que vous faites des sciences (ou un bac S pour les anciens) que vous aurez plus de possibilités dans la vie. Après le Bac, on est plus à un an, deux ans, ou même trois ans près. Se tromper ce n'est pas grave, n’abandonnez pas vos études, continuez, cherchez. Là d’où je viens les gens jugent beaucoup ceux qui ne vont pas à l’université, mais qui préfèrent faire des DUT ou autre. Faites ce qui est le mieux pour vous. Tout le monde n’est pas fait pour l’université ou la prépa ou les grandes écoles, etc. Ces formations existent et sont toutes aussi honorables. Ne vous mettez pas des barrières là où il n’y en a pas. Vous ne pourrez jamais aimer absolument toutes les matières dans une filière, ce n'est pas grave, c’est normal. Parlez de vos sentiments. Rester dans sa bulle ça ne va vous mener à rien. Votre santé mentale est aussi importante que votre santé physique. Il y aura toujours quelqu’un pour vous écouter, un parent, un ami, un psy. (il n’y a aucune honte à aller voir un psy, et on n’a pas besoin d’être malade pour en voir un.). Si vous sentez que vous n’êtes pas bien dans ce que vous faites, parlez-en et essayez de trouver une solution. Les méthodes de travail ça ne vient pas comme ça aux gens. Il faut chercher, tâtonner, et essayer plein de choses pour trouver ce qui vous convient le mieux. 





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