Quel a été votre parcours scolaire ? 

A l’époque où j’étais au collège, on orientait les jeunes bien plus tôt que maintenant. Les profs disaient souvent de moi que j’étais un élève très agréable, mais que je ne travaillais que quand je le voulais, et la plupart du temps, ça ne m’intéressait pas. Donc arrivé en cinquième, on a voulu m’orienter vers une filière pro. J’ai vu différentes conseillères d’orientation, et chaque fois, on me demandait d’avoir un projet, on attendait de moi de savoir ce que je voulais faire de ma vie… j’avais à peine 12 ans ! Finalement, parmi les quelques filières qu’on m’a proposées, j’ai choisi d’aller dans un CAP BEP Commerce en vente, comme la majorité des jeunes qui ne savaient quoi faire. Les conseillères d’orientation, à l’époque, ne m’ont pas beaucoup aidé, et j’ai atterri dans une espèce de « lycée-poubelle » où l’on mettait tous ceux qui ne suivaient pas un parcours classique. Dans cette école j’ai rencontré deux profs et une conseillère d’orientation qui ont changé ma vie, ou au moins ma scolarité. La première prof était ma professeure de comptabilité qui m’a dit un jour que je n’étais bon à rien, et que je finirai sous un pont. L’autre prof était ma professeure d’art plastique qui m’adorait et qui a vu un vrai potentiel en moi, j’ai toujours aimé dessiner, et cette prof m’a donné foi en moi, et en ma fibre artistique. Enfin, arrivé vers la fin de ce cursus, j’ai revu des conseillères d’orientation qui m’ont toutes proposé des débouchés dans le commerce, ce qui ne m’intéressait toujours pas après trois années à l’étudier. Et puis je suis tombé sur cette conseillère d’orientation, qui m’a reçu avec ma mère, et qui a su m’écouter, me voir moi, tel que j’étais. Elle m’a vu arriver avec mon skate, et l’une des premières choses qu’elle m’ait dites, c’est qu’elle admirait beaucoup ceux qui étaient capables de tenir sur une planche, car elle en était parfaitement incapable. Elle s’est intéressée à moi pour de vrai, m’a demandé ce que j’aimais, avant de me proposer quelques écoles qui mélangeaient le commerce et le dessin, des écoles de publicité. Malheureusement, l’année était passée et j’avais raté la date de tous les concours de ces écoles, tous, sauf un ; elle s’est démenée pour m’inscrire, et j’ai finalement pu passer ce concours. Je suis arrivée dans les trois premiers, et le jour des résultats j’ai pensé à cette prof de comptabilité qui m’a dit un jour que je n’étais bon à rien. J’ai donc commencé à étudier le dessin à Corvisart, dans Paris. Le milieu de la pub me permettait certes d’entretenir ce côté créatif, mais ce monde de requin ne me correspondait vraiment pas. Je suis alors parti en fac d’arts plastiques, car, jusqu’à présent, j’avais eu un sentiment de vide culturel dans mes études, j’avais besoin de me nourrir. Et à Saint Charles, où j’ai étudié, je l’ai été, j’ai rencontré pleins de gens formidables, des enseignants passionnants et passionnés. Ils m’ont transmis leur vision du monde à travers l’art et j’ai validé ma licence, puis ma maîtrise sans problème. J’ai même validé ma troisième année en même temps que je passais mon service militaire, et ma maîtrise avec mention « Très Bien ». En parallèle de mes études, j’étais surveillant à mi-temps dans des collèges et des lycées pour payer mes études. Une fois mes études finies, j’avais toujours ce petit boulot, dans lequel je me sentais très bien, bien mieux que dans le milieu de la pub où je voyais certains de mes amis évoluer. Je m’y sentais à ma place, je m’y sentais utile. Et puis je pouvais continuer à dessiner pour moi, sans en faire mon métier, ce que je redoutais un peu. Ajouter au temps libre que j’avais, et aux vacances, sachant qu’à l’époque j’avais plus ou moins le même salaire que mes amis qui se lançaient dans de grandes carrières. Maintenant, la plupart gagne très bien leur vie, mais n’a pas une seconde pour soi. 

Finalement, je n’ai jamais rêvé d’être surveillant, mais le fait est que pour rien au monde je n’aurais envie de changer. Je pense que j’ai trouvé ma place et, au fond, c’est une chose qu’on cherche tous toute notre vie, souvent en vain. Je crois que j’ai de la chance de l’avoir trouvée, et aujourd’hui je suis heureux dans ma vie et dans mon travail. 



Quelle qualité faut-il pour être heureux dans ce métier selon vous ? 

La première des qualités, sûrement la plus importante, c’est d’être bienveillant. On n’est pas là pour aimer les élèves, mais on est obligé d’avoir au moins de la considération pour eux ; faut être là quand ils en ont besoin. Beaucoup d’élèves n’ont pas besoin de notre aide pour s’en sortir et pour évoluer, d’autres ont besoin d’un petit aiguillage, d’autres encore d’un vrai soutien. Et pour certains, ils passent plus de temps avec nous qu’avec leur famille, on peut être de vrais repères pour eux.  

Il faut certainement de la patience aussi, comme souvent quand on travaille avec des enfants et des adolescents. Et puis même si ça ne semble pas évident d’emblée, il faut de l’humour, avoir une certaine forme d’auto-dérision par rapport à certaines situations. 

Et surtout, il faut être en accord avec l’image que les gens ont de ce métier. Ils ne le voient souvent que comme un job étudiant, un métier de passage. Moi je suis prof de bande dessin les mercredi après-midi, et j’ai toujours un pied dans le monde du dessin. Je suis en train de faire ma BD et mon métier me permet d’avoir le temps de m’y consacrer. J’ai réussi à minimiser les regrets, et non je ne regrette aucunement de ne pas avoir eu une autre carrière, et quelque part, c’est tout aussi satisfaisant de voir celle de certains jeunes que j’ai accompagné s’envoler, parfois on est spectateur de jolie chose. 

C’est vrai que j’ai pensé à changer il y a deux ans, je voulais devenir Ludothécaire. Ma sœur l’est, et ça me semblait super pour me réorienter. J’ai rencontré la directrice de l’établissement et elle était très emballée, mais les conditions de travail n’étaient pas aussi bien que celle de mon job de surveillant. Et je tenais bien trop à la liberté que me permet ce travail pour y renoncer. Depuis, j’ai vraiment eu le sentiment d’avoir trouvé ma place là où je suis.  


Quels en sont les avantages et les inconvénients principaux ? 

Le temps libre, les vacances, on a le même rythme que les enfants quand on en a, et sinon on peut avoir une autre activité en parallèle. Il y a vraiment possibilité d’avoir une double vie. On peut aussi évoluer, en tout cas dans le privé, on peut devenir responsable de niveau par exemple.  

En revanche, le salaire n’est pas incroyable, on est à un peu plus que le SMIC quand on commence, et ça augmente un peu avec l’ancienneté. Il faut être conciliant aussi, on travaille avec beaucoup de gens, il y a le corps enseignant, et la hiérarchie qu’il y a dans les établissements peut être difficile à gérer. On n’est pas toujours d’accord avec le règlement, quand bien même on doit le faire appliquer. Et puis l’image du poste n’est pas super flatteuse. On peut avoir du mal à gérer l’image dégradée du poste ; dans l’inconscient des masses populaires, ce n’est pas un métier, c’est un job éphémère. Moi je n’ai jamais trouvé ce métier ou son image dégradante. 

 

A quoi ressemble une journée type dans ce genre de profession ? 

Le matin on s’occupe de l’accueil des élèves, puis on consulte le planning, généralement toutes les semaines suivent le même planning, sauf en cas d’absence d’un collègue ou d’un prof. On surveille des DST, des perms ou des classes, et on peut exprimer certaines préférences à ce niveau. Le midi on s’occupe de la cantine, puis on recommence l’après-midi. 

Les journées commencent donc vers 7h45 et finissent vers 16h30. 


Est-ce que la vie que vous menez est à la hauteur de vos attentes ?

Oui, à partir du moment où mon attente c’est d’être le plus heureux possible. 


Est-ce que vous faites les choses avec passion ? Sinon, quelle est votre passion et pourquoi ne pas en avoir fait une profession ?  

Le plus possible je fais les choses avec cœur. J’aime bien l’humour, et je dédramatise quand je surveille des DST. Ma passion n’était pas du tout là-dedans, mais c’est quand même ici que j’ai atterri et que je me sens bien. 

Le dessin et les arts en général sont ma passion, mais quelque part je n’avais pas envie de trahir cette passion en en faisant un métier non plus. 



Quels conseils donneriez-vous aux étudiants perdus dans leur choix d’orientation ? 

D’abord, il faut qu’ils sachent ce qu’ils ne veulent pas faire, ça peut être pénible, mais il faut commencer le tri quelque part. Il faut qu’ils se posent les bonnes questions ; est-ce qu’ils aiment recevoir des ordres, travailler en groupe, dans un bureau, etc. Ce genre de petites questions sur eux-mêmes aboutit à un peu de concret. Parce que c’est bien trop dur de répondre comme ça de but en blanc à « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? ».  Et puis je leur conseillerais de faire des petits boulots, de découvrir le monde du travail et de se confronter aux autres un peu, ça leur apprendra surement des choses sur eux-mêmes. 


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