Quel a été ton parcours scolaire et professionnel jusque-là ?

J’ai fait un bac STG Marketing, puis, je me suis dirigée en licence d’art plastique, à l’université Paris 8, mais je n’ai pas terminé le cursus. Les débouchés me semblaient peu intéressants, et les conditions de travail étaient difficiles. L’université avait pour habitude d’accepter plus de personnes que ce qu’elle pouvait matériellement accueillir – partant du principe que beaucoup abandonneraient –, et les amphis étaient donc pleins à craquer pendant tout le premier semestre. 

J’ai tout de même tenu deux ans à la fac, mais je n’ai pas pu supporter une troisième année. En parallèle de mes études, j’avais entamé une vie professionnelle, et ça commençait à fonctionner. Je faisais du graphisme depuis mes 16 ans sur mon temps libre. J’ai beaucoup appris par moi-même, ce qui faisait que les professeurs ne m’apprenaient plus grand chose, souvent c’est même moi qui avait des choses à leurs montrer. Alors que j’étais toujours à la fac, j’ai fini par lancer un site en collaborant avec un développeur. Ça a vraiment bien fonctionné, et dans la foulé, avec un groupe d’amis, nous en avons lancé un second, qui s’appelait à l’époque : Roi de la rue. Pour promouvoir notre nouveau site, on a organisé un festival auquel on a convié plusieurs rappeurs en début de carrière. Là encore, ça a bien fonctionné ! On avait accès à des maisons de disques, on a pu contacter des stars américaines et les choses ont commencé à prendre de l’ampleur. 

J’ai continué à proposer des services en rapport avec les sites Internet et autres supports promotionnels. 




Comment et pourquoi t’es-tu lancé sur Instagram ? Pourquoi avoir choisi ce réseau social, quelles étaient tes motivations ?

Comme je l’ai dit, mes projets fonctionnaient plutôt bien. Alors avec les quelques amis avec qui j’ai lancé le site, on a fini par prendre un local pour pouvoir travailler tous ensemble. C’était à l’époque de la naissance des réseaux sociaux comme Vine. Mes amis faisaient des petites vidéos et les postaient, ils avaient souvent besoin de figurants, donc je m’y suis mise petit à petit en partant de là.

Au fil du temps nos chemins se sont séparés, mais comme je travaillais beaucoup et faisais beaucoup de choses sur le site – je filmais, photographiais, etc. – je me suis dit que je pouvais le faire seule. J’ai donc continué de mon côté.

Les vidéos ont rapidement pris sur Facebook. À ce moment-là, mon copain était un peu plus public que moi sur les réseaux, et son flux s’est un peu redirigé vers moi, ce qui est courant sur les réseaux. Sur Instagram, je mettais plus de contenu en rapport avec le graphisme. Les gens aiment moins l’art, ce n’est pas futile, donc j’étais beaucoup moins suivi qu’aujourd’hui sur ce réseau.

J’ai voulu me lancer sur Instagram pour de vrai car c’était un réseau qui commençait à se développer, nous offrant la possibilité de faire des petites vidéos de 15 secondes, alors que Vine fermait. J’ai eu la chance de collaborer avec des personnes qui avaient déjà beaucoup de flux, comme TonioLife, Kader Diaby, et d’autres, ce qui m’a rapidement propulsée. Les gens te suivent car ils te découvrent par hasard et qu’ils t’aiment bien. Ces collaborations sont des ouvertures ! 

 



Quand et comment cela a pris de l’ampleur (au point de devenir votre métier) ?

Je n’en vis pas encore, car les annonceurs sont de plus en plus exigeants. Maintenant, ils ne s’intéressent qu’aux Instagrameurs de plus de cent mille abonnés. C’est devenu plus difficile d’en tirer un revenu.

Instagram veut aujourd’hui se diversifier, avec le nouveau format de vidéo qui peut être vecteur de rémunération. Mais pour le moment, c’est surtout par des placements de produits qu’on tire une rémunération sur Instagram. 

Du coup, je suis toujours graphiste, et j’aspire à grossir en tant qu’influenceuse. Tout est en cours, je ne compte pas m’arrêter là !



Comment penses-tu que cela va évoluer dans le futur ? Est-ce que tu penses que ce sont des métiers d’avenir ?

Pas du tout. Je pense que tout cela va rapidement s’effondrer, car le premier arrivé est le premier servi, comme on dit. Tous les premiers sont déjà servis, et ce sont des métiers bien plus durs qu’il n’y paraît. Selon moi, il faut les utiliser comme un tremplin. Mon but est de faire de la comédie, et si j’ai beaucoup de choses à montrer, que j’ai la gnaque, ça peut être intéressant de le partager à mon public.

À mon avis, ce sont des métiers qu’il faut faire perdurer autant qu’on peut, et puis, quand ça ne fonctionnera plus, on trouvera autre chose. 

Ce sont des métiers à risque quelque part, car on a aucune certitude de réussite, et c’est sûr que c’est beaucoup moins stable qu’un travail salarial classique, mais après ça dépend de ce qu’on veut dans la vie !



Pourquoi essayer de te lancer sur YouTube ?

La première chose est que sur YouTube et sur Instagram, on n’a pas le même public. YouTube est peut-être plus facile à utiliser, on a moins de contraintes. Mais surtout, je n’ai pas envie d’afficher le même contenu sur les deux réseaux, j’aimerais faire quelque chose de nouveau. Cela va peut-être me permettre de faire des échanges de flux entre les deux. J’aimerais adapter mes contenus aux différents supports que j’utilise et voir un peu comment ça évolue. 



Quel statut juridique revêt ton activité ?

Actuellement, je suis auto-entrepreneuse, et ce depuis 2012. En premier lieu, je me suis déposée par rapport au graphisme. Maintenant, je mets tous mes revenus dans mes déclarations trimestrielles.

Pour ce faire, je suis passée par un organisme qui aidait les jeunes, et qui faisaient quasiment tout pour nous. Pour les paiements de charge et autres, je les fais à la main, ce n’est pas si compliqué depuis que le régime auto-entrepreneur a été simplifié. 





Comment gères-tu tes finances ? Quel salaire finis-tu par te verser grâce à ton activité ?

J’ai un compte personnel sur lequel je reçois l’argent de toutes mes activités. C’est le graphisme qui me rapporte le plus. J’ai dû gager environ 2 000 euros maximum sur les trois derniers mois grâce à Instagram, le salaire qu’on touche est toujours proportionnel au nombre d’abonnés. Plus on a d’abonnées, plus les marques vont nous rémunérer pour faire la promotion du même produit/service. Et puis, il y a un réel travail derrière ça, il ne s’agit pas uniquement de se filmer entrain de parler et de le poster. J’ai dû faire deux vidéos pour des annonceurs. Pour l’une des deux, pour une pizzéria, j’avais un rôle de comédienne, je n’avais rien à créer, le script était déjà fait.

Pour la seconde, pour JustEat, cette fois-ci, je n’ai pas joué mais j’ai tourné, car je suis celle qui gère le mieux la caméra dans l’équipe [Jayci fait partie de l’équipe d’influenceurs Smile]. Mon manageur a écrit le script, la marque a validé le scénario, puis on a tourné, ça leur a plu, et voilà ! 

Je n’accepte pas toutes les demandes que les annonceurs me font, car j’ai une certaine philosophie : je n’aime pas qu’on m’instrumentalise ou qu’on me « prostitue ». Je préfère faire uniquement ce qui me plaît, c’est important pour moi. On m’a souvent contactée pour plus que le versant professionnel. Le physique prédomine souvent, et je ne veux pas travailler pour mon physique, j’ai tellement plus à offrir ! 



A quoi ressemble une journée type dans votre vie ?

Je n’ai pas d’horaire fixe. Si je ne veux pas me lever, je ne le fais pas. Mais j’essaie tout de même de me lever avant 10h ; tout dépend de ce que je veux faire. Si je dois faire un tournage dans la journée, je donne rendez-vous aux personnes concernées, et j’ai déjà écrit le scénario à l’avance, dans la semaine. Après cela, je tourne pendant deux heures au minimum, et je monte la vidéo le soir. Je filme avec mon appareil puis je monte sur mon ordi. C’est beaucoup de travail, beaucoup plus qu’il n’y paraît. 

Lorsque je fais des vidéos avec ma jumelle, et bien … je dois me superposer, car je n’ai pas de jumelle ! Si j’ai le temps, j’essaye de sortir la vidéo pour 21h30. Pendant le tournage, je prends quelques photos pour alimenter mon fil, et bien sûr, je les retravaille aussi.

Sur YouTube, les formats sont différents, et tout n’est pas faisable sur téléphone. Le montage et le travail post-production représentent beaucoup d’investissement. On m’a déjà demandé pourquoi je n’essayais pas de poster plus, avec peut-être moins de travail en amont, en faisant du contenu d’un peu moins bonne qualité, mais je ne peux pas. Ça m’énerve. Ce qui nécessite le moins de travail c’est le face-cam et je n’ai pas toujours des choses intéressantes à dire, ou la créativité pour ça. Et puis, je pense que je me démarque aussi par la qualité de mes contenus.

Généralement le soir, je m’occupe de mes commandes de graphisme jusque tard.



Que conseillerais-tu aux jeunes perdus dans leur choix d’orientation ?

Quand tu aimes un truc, tu le sais généralement. J’aimais le dessin, je dessinais toujours en cours. Une année, je suis tombée sur un professeur qui ne supportait pas que je dessine en cours. Pourtant, j’étais présente, je ne discutais pas, mon cours était pris, et j’avais de bonnes notes. Finalement, ce professeur m’a fait essayer une journée la filière STI, qui est une filière professionnelle, et ça m’a beaucoup plu, mais c’était trop tard pour changer. Je n’avais jamais pensé pouvoir faire des études en lien avec ma passion. Personne ne me l’avait dit, autrement je me serais orientée vers une STI plutôt qu’une STG, et je n’aurais pas eu à faire une mise à niveau pour aller en communication visuelle, ce que je voulais originellement faire après le bac.  Comme je n’ai pas été prise à cette remise à niveau, je n’ai pas pu suivre les études que je souhaitais. Peut-être qu’avec juste un peu plus d’informations, j’aurais apprécié mes études et découvert d’autres choses dans un domaine qui me passionnait. 


Aujourd’hui, on a Internet, alors renseigne-toi seul. Il y a plein d’ouvertures, de choses qui se rapportent à ce que tu aimes, et on ne te le dit pas forcément. Si tu aimes un truc, cherche, et fais-le. Tu peux te créer tout seul, ne lâche pas l’affaire, n’écoute pas les autres. Tu n’as pas forcément besoin d’une situation stable et du fameux métro-boulot-dodo.

Le secret de toute chose est de travailler. Personne ne va te donner ta chance comme ça, certains vont même essayer de t’écraser, mais tu dois t’accrocher et continuer. Si tu aimes ce que tu fais, tu vas travailler pour toi bien plus fort que tu ne le ferais pour n’importe quel patron. 


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