Vendredi 1 novembre 2019

ÊTRE SURVEILLANT AU LYCÉE


Aujourd’hui, François nous parle de son parcours scolaire en école de pub, et en fac d’arts plastiques, pour allier business et passion. Pour autant, il a finalement kiffé le job qu’il faisait parallèlement à ces études. C’est dans ce job qu’il s’est épanouit : être surveillant au lycée. Voici donc le parcours de François, surveillant au lycée.


Quel a été votre parcours scolaire ? 

À l’époque où j’étais au collège, on orientait les jeunes bien plus tôt que maintenant. Arrivé en cinquième, on a voulu m’orienter vers une filière pro. Parmi les quelques filières qu’on m’a proposées, j’ai choisi d’aller dans un CAP BEP Commerce en vente, comme la majorité des jeunes qui ne savaient pas quoi faire. Les conseillères d’orientation, à l’époque, ne m’ont pas beaucoup aidé, et j’ai atterri dans une espèce de « lycée-poubelle » où l’on mettait tous ceux qui ne suivaient pas un parcours classique. Enfin, arrivé vers la fin de ce cursus, j’ai revu des conseillères d’orientation qui m’ont toutes proposé des débouchés dans le commerce, ce qui ne m’intéressait toujours pas après trois années à l’étudier. 


Et puis je suis tombé sur cette conseillère d’orientation qui a su m’écouter. Elle s’est intéressée à moi pour de vrai, m’a demandé ce que j’aimais, avant de me proposer quelques écoles qui mélangeaient le commerce et le dessin, des écoles de publicité. Malheureusement, l’année était passée et j’avais raté la date de tous les concours de ces écoles, tous, sauf un ; elle s’est démenée pour m’inscrire, et j’ai finalement pu passer ce concours. 


J’ai donc commencé à étudier le dessin à Corvisart, dans Paris. Le milieu de la pub me permettait certes d’entretenir ce côté créatif, mais ce monde de requin ne me correspondait vraiment pas. Je suis alors parti en fac d’arts plastiques, car, jusqu’à présent, j’avais eu un sentiment de vide culturel dans mes études. J’ai validé ma troisième année en même temps que je passais mon service militaire, et ma maîtrise avec mention « Très Bien ». En parallèle de mes études, j’étais surveillant à mi-temps dans des collèges et des lycées pour payer mes études. 


Une fois mes études finies, j’avais toujours ce petit boulot, dans lequel je me sentais très bien, bien mieux que dans le milieu de la pub où je voyais certains de mes amis évoluer. Je m’y sentais à ma place, je m’y sentais utile. Et puis je pouvais continuer à dessiner pour moi. Ajouter au temps libre que j’avais, et aux vacances, sachant qu’à l’époque j’avais plus ou moins le même salaire que mes amis qui se lançaient dans de grandes carrières. Maintenant, la plupart gagnent très bien leur vie, mais n’ont pas une seconde pour soi. Finalement, je n’ai jamais rêvé d’être surveillant, mais le fait est que pour rien au monde, je n’aurais envie de changer.


Quelle qualité faut-il pour être heureux dans ce métier selon vous ? 

La première des qualités, sûrement la plus importante, c’est d’être bienveillant. On n’est pas là pour aimer les élèves, mais on est obligé d’avoir au moins de la considération pour eux ; faut être là quand ils en ont besoin. Beaucoup d’élèves n’ont pas besoin de notre aide pour s’en sortir et pour évoluer, d’autres ont besoin d’un petit aiguillage, d’autres encore d’un vrai soutien. Et pour certains, ils passent plus de temps avec nous qu’avec leur famille, on peut être de vrais repères pour eux.  


Il faut certainement de la patience aussi, comme souvent, quand on travaille avec des enfants et des adolescents. Et puis même si ça ne semble pas évident d’emblée, il faut de l’humour, avoir une certaine forme d’auto-dérision par rapport à certaines situations. 


Et surtout, il faut être en accord avec l’image que les gens ont de ce métier. Ils ne le voient souvent que comme un job étudiant, un métier de passage. Moi, je suis prof de bande dessin les mercredis après-midi, et j’ai toujours un pied dans le monde du dessin. Je suis en train de faire ma BD et mon métier me permet d’avoir le temps de m’y consacrer. J’ai réussi à minimiser les regrets. 


C’est vrai que j’ai pensé à changer il y a deux ans, je voulais devenir Ludothécaire. Ma sœur l’est, et ça me semblait super pour me réorienter. J’ai rencontré la directrice de l’établissement et elle était très emballée, mais les conditions de travail n’étaient pas aussi bien que celle de mon job de surveillant. Et je tenais bien trop à la liberté que me permet ce travail pour y renoncer.


Quels en sont les principaux avantages et les inconvénients  ? 

Le temps libre, les vacances, on a le même rythme que les enfants quand on en a, et sinon on peut avoir une autre activité en parallèle. Il y a vraiment possibilité d’avoir une double vie. On peut aussi évoluer, en tout cas dans le privé, on peut devenir responsable de niveau, par exemple.  


En revanche, le salaire n’est pas incroyable, on est à un peu plus que le SMIC quand on commence, et ça augmente un peu avec l’ancienneté. Il faut être conciliant aussi, on travaille avec beaucoup de gens, il y a le corps enseignant, et la hiérarchie qu’il y a dans les établissements peut être difficile à gérer. On n’est pas toujours d’accord avec le règlement, quand bien même on doit le faire appliquer. Et puis l’image du poste n’est pas super flatteuse. Dans l’inconscient des masses populaires, ce n’est pas un métier, c’est un job éphémère. 


A quoi ressemble une journée type dans ce genre de profession ? 

Le matin, on s’occupe de l’accueil des élèves, puis on consulte le planning, généralement toutes les semaines suivent le même planning, sauf en cas d’absence d’un collègue ou d’un prof. On surveille des DST, des perms ou des classes, et on peut exprimer certaines préférences à ce niveau. Le midi, on s’occupe de la cantine, puis on recommence l’après-midi. Les journées commencent donc vers 7h45 et finissent vers 16h30. 


Est-ce que la vie que vous menez est à la hauteur de vos attentes ?

Oui, à partir du moment où mon attente c’est d’être le plus heureux possible. 


Quels conseils donneriez-vous aux étudiants perdus dans leur choix d’orientation ? 

Il faut qu’ils se posent les bonnes questions ; est-ce qu’ils aiment recevoir des ordres, travailler en groupe, dans un bureau, etc. Ce genre de petites questions sur eux-mêmes aboutit à un peu de concret. Parce que c’est bien trop dur de répondre comme ça de but en blanc à « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? ». Et puis je leur conseillerais de faire des petits boulots, de découvrir le monde du travail et de se confronter aux autres un peu, ça leur apprendra sûrement des choses sur eux-mêmes. 


À retenir : faire ce que t’aimes. Tu peux réaliser après avoir fait 5 ans d’études que finalement ce domaine ne te correspond pas. Et ce n'est pas grave ! Le principal c’est d’être épanoui dans ta vie non ? À toi de trouver ton truc.


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